Les Apéros de la mort, libérer la parole sur un sujet tabou

Les apéros de la mort
Happy End, média en ligne qui aborde le sujet de la mort, organise régulièrement des Apéros de la mort depuis 2018. But de ces rencontres, ouvertes à tous: favoriser l’expression libre sur la mort, le deuil et la résilience. Happy End référence également des acteurs innovants du funéraire.

LA PROBLÉMATIQUE

« Parler de la mort ne tue pas. » et pourtant c’est un sujet très tabou !

Les personnes confrontées à la perte d’un proche mais aussi toutes celles qui souhaitent aborder ces questions trouvent parfois difficile d’échanger sur la fin de vie, la mort et le deuil. 

« Où parler de la mort ? Aujourd’hui, la majorité des gens décèdent à l’hôpital. Nous avons délégué le soin de nos défunts au monde médical et funéraire, et perdu le « mode d’emploi » pour les accompagner. Ce déni entraîne une angoisse collective. On se retrouve avec ses questions, sa peine, son deuil, et comme on ne veut pas ennuyer ses proches avec ses émotions, on entre dans une grande solitude: les Apéros ramènent un peu de lien et consolation ».

LA SOLUTION

Lancés en 2018, les Apéros de la mort sont des rencontres ouvertes à tous, dans une ambiance conviviale, pour échanger sur la fin de vie, la mort et le deuil. Ils permettent de s’exprimer librement et sans jugement sur ces sujets tabous.

Ils se tiennent tous les deux mois et durent 1h30-2h.

Une quinzaine d’Apéros ont eu lieu depuis trois ans. Ils sont fréquentés à 90% par des personnes endeuillées, la plupart laïcs.

LES BÉNÉFICES-CLIENTS

Une discussion libre

Ces Apéros permettent de s’exprimer sur des sujets, souvent difficiles à aborder avec ses proches. Aucun thème n’est imposé. Les discussions sont libres - et continuent souvent après la réunion. Un Apéro démarre par une présentation où les personnes donnent leur prénom et le pourquoi de leur présence. Ensuite se nouent les échanges sous la responsabilité de deux animatrices.

Un partage d'expériences

Pendant un Apéro, on peut livrer ses inquiétudes (comment accompagner un proche en fin de vie, quels mots employer pour parler de la mort à un enfant, est-ce normal de souffrir encore après deux ans de deuil…), revenir sur des moments difficiles, ou simplement parler de son/ses défunts et partager sa vision de la mort. L’expérience de l’un peut venir questionner ou valider celle de l’autre. Aucun jugement n’est émis.

Un cadre bienveillant

La présence de S. Dumont, fondatrice de Happy End, et de Sophie Poupard-Bonnard, thérapeute, est rassurante. Régulant la parole, elles ont été formées au deuil et à son accompagnement. S. Dumont est titulaire d’un diplôme universitaire sur le deuil et Sophie Poupard-Bonnet s’est formée à l’accompagnement au deuil, puis à l’animation de groupe de parole auprès de l'association Empreintes.

COMMENT ÇA MARCHE ?

Les Apéros de la mort réunissent un public de personnes de 20 à 90 ans, la plupart ayant perdu un proche dans les deux ans précédents. Ils leur offrent des moments libérateurs où chacun s’exprime sans retenue et dans la bienveillance.

Après ces Apéros, « on se sent apaisés et plus vivants que jamais ! » note S. Dumont. Les Apéros complètent le rôle tenu par les forums ou groupes Facebook qui, à tout moment, permettent de se parler entre pairs. Ils offrent aussi l’avantage sur des associations d’endeuillés, de ne pas imposer une adhésion, un parcours ou une contrainte dans le temps

La date des Apéros est annoncée sur le site et les réseaux sociaux de Happy End. Les inscriptions se font en ligne et la participation est gratuite. Hors crise sanitaire, ces rencontres ont lieu dans un café. En période Covid, les rendez-vous sont virtuels.

Les participants sont libres de rester anonymes, et de s’exprimer.

Un Apéro de la mort virtuel dure 90 minutes. En présentiel, il dure deux heures.

TÉMOIGNAGES

EN QUOI CETTE INITIATIVE CHANGE LE MONDE ?

Les Apéros donnent un cadre pour parler de la mort et se sentir moins seul. Ils ne sont pas des groupes thérapeutiques, ni des lieux de militantisme. « Ce ne sont pas non plus des lieux où l’on se voit dire « Reprends toi », « Il faut se relever vite » ou d’autres injonctions – comme savent en formuler les proches croyant bien faire: ici, on est accepté comme on est » ajoute S. Dumont.

Ces réunions s’inspirent des Cafés Mortels propularisés par le sociologue suisse Bernard Crettaz à partir de 2004, dans le fil des cafés Philo. S. Dumont aimerait maintenant implanter les Apéros en région via un réseau d’Ambassadeurs/rices. Le recrutement de ces bénévoles est en cours. « Chacun sera formé et accompagné d’un spécialiste des sciences humaines, formé au deuil, indique S. Dumont. Lors d’Apéros, certains récits peuvent être difficiles à absorber et les gens ont parfois besoin de conseils directs: une telle co-animation bonifiera les réponses trouvées lors de ces réunions ».

Sarah Dumont escompte trouver une dizaine d’ambassadeurs d’ici mars 2022.

Sarah DUMONT

Les perspectives que cette innovation offre au secteur

Les Apéros de la mort rappellent à chacun la préciosité de la vie. Outils de résilience, ils permettent aux endeuillés de se libérer du poids du silence par la parole. S. Dumont: « Je suis frappée par les ressources que l’on a en chacun de nous, pour avancer. La plupart des participants, frappés par un décès, ont envie d’être heureux. Ils ont, en eux, une grande force de vie, mais ils veulent aussi briser le silence, parler avec d’autres, entendre des personnes dans leur situation pour apprendre, aider, partager ».

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